Confession d’une jeune écolière

C’était dans les années 1923 ou 1924, je ne me souviens pas vraiment, si  j’étais au cours élémentaire 1 ou 2. Je fréquentais alors une petite école publique de mon quartier dans une rue tranquille bordée de maisons basses entourées de jardins modestes mais fleuris. Le bâtiment de l’école était tout simple, comprenant, à droite une école maternelle mixte avec une seule classe, les plus petits étaient gardés par la femme de service dans la salle de jeux ou la cour de récréation ; à gauche, au rez-de-chaussée se trouvait l’appartement de la directrice de l’école maternelle avec un jardin ; à l’étage 2 classes réservées uniquement aux fillettes. Dans la petite classe on trouvait CP, CEI, CE2, la grande classe comprenait les CMI et 2 et la division du Certificat d’Etudes.

Cette année là, j’avais reçu pour mes étrennes une jolie boîte de crayons de couleur. Cette boîte faisait des envieuses parmi mes camarades de classe. Si bien que l’une d’elles me proposa d’échanger mes crayons contre la couronne de mariée de sa mère. Je fus enthousiasmée par cette proposition. Je me voyais déjà coiffée de ce couvre chef artistique fait de l’entrelacement de fleurs, de boutons et de feuilles d’oranger blanches en matière semblable à la cire de bougie. Il faut dire qu’à cette époque, dans certaines familles on conservait  les couronnes de mariées sous unglobe de verre. Le lendemain le marché fut conclu, je donnais mes crayons de couleur contre la couronne de mariée troussée dans une feuille de journal. Mais le soir même de ce marché, je me rendis compte que je ne pouvais pas ramener à la maison cet objet insolite et, allant à l’école maternelle récupérer mon petit frère je jetais la couronne dans la poubelle de l’école qui se trouvait devant la porte prête à être enlevée le lendemain matin. Alors commença pour moi une période cruciale de mensonges et d’anxiété.

Ma mère qui vérifiait tous les jours mon cartable s’aperçut aussitôt de l’absence des crayons. Je lui affirmais qu’ils étaient restés dans mon casier. Au bout de trois jours, elle me donna un petit mot pour remettre à ma maîtresse, Mme Berseille lui demandant de vérifier la présence des crayons dans mon casier. Le lendemain je me gardais de donner cette lettre à la maîtresse. Le matin suivant je devais manquer la classe pour passer une visite médicale obligatoire étant pupille de la nation.
Je fus libérée assez tôt dans la matinée, et ma mère m’expédia à l’école avec l’ordre de remettre la lettre à ma maîtresse.

Mais quand  j’ouvris la porte de ma classe, les reproches de ma maîtresse, la gentille Mme Berseille, se mirent à pleuvoir sur moi. Elle me fit monter sur l’estrade près de son bureau, elle me traita de menteuse, me demanda ce que j’avais fait de cette couronne de mariée, m’administra une bonne fessée et me mit au coin derrière le tableau noir. Je pleurais toutes les larmes de mon corps, en cette période de mon enfance, j’avais une forte propension pour les larmes et parfois ma mère excédée m’appelait Sarah Bernard du nom dune grande tragédienne de ces lointaines années.

Que s’était-il passé pendant mon absence du matin ? Ma voisine de bureau et amie Reine avait trouvé dans mon casier ouvert la lettre destinée à la maîtresse et la lui avait remise. Après une courte enquête la maîtresse avait découvert le pot aux roses et récupéré les crayons mais pas la couronne de mariée. A la sortie de la classe à onze heures et demie, la maîtresse me fit accompagner chez moi par deux grandes élèves du Certificat d’Etudes, chargées de relater à ma mère les évènements de la matinée. J’ai dû encore me faire sévèrement punir mais bizarrement je ne m’en souviens pas. Ma mère cependant avertit de mes turpitudes ma grand-mère et ma tante paternelles qui furent beaucoup plus indulgentes.

Comment se régla la question de la couronne de mariée, je n’en sais trop rien mais il est probable que les parents de mon échangeuse ayant été avertis, ne voulurent pas créer des ennuis supplémentaires à ma mère qui était veuve avec deux jeunes enfants. Voilà une histoire de mon enfance qui est restée vivace dans ma mémoire et dont je ne suis pas très fière.

 

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