Histoire d’ours en vallée d’Aspe

Ours
Jojo, photo Eric Segas (1973)

Cette histoire n’apportera rien au débat qui oppose depuis quelques années les pro et anti ours.
Les ours dont il est question ici n’ont jamais fréquenté les grands espaces et n’ont jamais perturbé la vie et le travail des bergers.

L’histoire commence en 1971. Les enfants du foyer de BORCE sont en promenade dans le vallon de BELONCE et trouvent dans un fourré un bébé ours seul. On suppose que la maman est morte. Le petit orphelin est ramené au centre et présenté au Directeur de l’époque Monsieur René ROSE.

Tout le monde se prend d’affection pour le petit animal et on décide de le garder. Jojo devient l’ours emblème de BORCE et élit domicile au milieu des enfants des PEP.

On lui construit une cage et on le nourrit.
Jojo a beaucoup de succès. La presse salue son installation au foyer et les visites  commencent à affluer.
Durant  2O ans l’ours Jojo va vivre au centre des PEP de BORCE  choyé par le personnel et les pupilles. Il grandit dans un espace assez étroit et, les conditions de sa détention émeuvent les visiteurs.

Les artisans de la vallée d’ASPE ont vent de la situation et décident d’offrir à JOJO un espace vital plus confortable et plus fonctionnel.

Ils se mettent au travail et, très vite un magnifique enclos est réalisé. Tout y est prévu : un bassin pour se désaltérer et pour se baigner, un espace pour dormir et un autre plus grand pour déambuler. Des rochers disposés près du bassin complètent les équipements.

Malheureusement peu de temps après avoir inauguré son nouveau  lieu de vie Jojo meurt et l’enclos reste vide. C’est la consternation. Sa dépouille  est confiée à un taxidermiste qui reconstitue l’animal. Celui ci trônera en bonne place au salon de l’établissement puis au clos.

A l’occasion d’un voyage avec les maires de la vallée  et en visitant le parc animalier de Gramat, notre attention fut attirée dans le coin des ours par une maman allaitant trois magnifiques oursons. Spectacle inoubliable. Deux de ces oursons dès qu’ils furent sevrés furent transférés à MONTAUBAN. Les artisans de la vallée apprirent la nouvelle et ne supportant pas que l’enclos qu’ils venaient de réaliser reste vide, ils organisèrent une expédition. Dans la plus grande discrétion ils construisirent 2 cages en fer solides et, à l’entrée de la nuit ils prirent la direction de Montauban avec des véhicules adéquats. Grâce à une complicité ils purent rentrer dans le parc, anesthésier les deux ours, les charger et prendre la direction de BORCE. C’est à la nuit noire que le convoi arriva à destination en face de l’enclos désespérément vide. C’était le 11 Novembre 1992.

A l’aide d’une pelle mécanique au long bras chaque cage fut déposée au beau milieu du parc, ouverte et délestée de son contenu.

Deux ours avaient pris place dans l’enclos. Pour faciliter leur inscription sur les registres de l’Etat civil les convoyeurs les baptisèrent sur le champ. Antoine et Ségolène devinrent ainsi les nouveaux locataires du parc de BORCE.

Pour achever leur mission en beauté les artisans toujours dans la nuit noire allèrent réveiller Monsieur le Maire de BORCE et l’informer qu’il avait deux habitants aux noms célèbres de plus dans sa commune. Pour eux la mission prenait fin. Pour d’autres elle allait commencer.

La nouvelle fit grand bruit le lendemain .La presse fit son travail d’information et les autorités du département apprirent la nouvelle. Deux ours clandestins venaient d’arriver à BORCE. Leur acheminement, leur installation n’ayant pas fait l’objet des formalités obligatoires, des plaintes furent déposées notamment par l’office national de la chasse.

L’enclos étant situé dans l’enceinte des PEP, le Président de l’Association qui n’était autre que l’INSPECTEUR d’ACADEMIE ne tarda pas à se manifester. Sur le plan local il fallut faire face à une situation à laquelle personne n’était préparé.

A l’époque je présidais l’office du tourisme de la vallée d’ASPE et, c’est à ce titre qu’on me confia la gestion de ces nouveaux pensionnaires. On se rapprocha des services vétérinaires du Département pour apprendre que la gestion de ces animaux nécessitait la présence d’une personne nantie d’un certificat de capacité. Bruno GUITTON fut envoyé à PARIS pour suivre la formation adéquate et passer son examen. Une rencontre eut lieu avec le Président et le Bureau des PEP à PAU et une convention fut rédigée et signée. La commission de sécurité fut convoquée pour contrôler la conformité des locaux. Le conseil municipal de BORCE fut saisi et informé de l’évolution de ce dossier inhabituel.

Antoine
Antoine, Photo Odile Malaganne

Lorsque toutes les formalités furent remplies et lorsque j’eus la certitude que les plaintes déposées avaient été levées je pris à bras le corps la gestion du clos aux ours de Borce. Epaulé par BRUNO et Véronique, nous prîmes l’attache d’un vétérinaire d’Oloron Hubert Douar pour le suivi des animaux. Deux fusils furent entreposés dans les locaux de service : l’un hypodermique pour les anesthésier, l’autre normal pour les abattre en cas de danger imminent. Nous étions en présence de deux fauves au sein d’un établissement d’enfants et de la population du village. Une grande frayeur nous gagna  lorsqu’ANTOINE  réussit à forcer la serrure de l’enclos et à se diriger vers le village. L’alerte fut donnée, les pompiers et le vétérinaire d’OLORON furent héliportés jusqu‘à BORCE. Fort heureusement à l’aide d’un pot de miel BRUNO put ramener le fauve dans l’enclos.

Peu à peu l’enthousiasme aidant tout rentra dans l’ordre et nous organisâmes la visite des ours. Les recettes nous permirent de faire face aux frais. La billetterie fut mise en place, le personnel recruté, les PEP nous prêtèrent un local pour accueillir les visiteurs, les informer et faire avec eux le parallèle entre les ours de l’enclos et ceux de la montagne. L’affluence fut importante… Peu à peu nous nous efforcions d’agrémenter la visite par des commentaires, des débats et un film. Une petite boutique fut installée et, la plupart des visiteurs repartaient avec un souvenir.

Antoine et Ségolène accueillaient à leur manière les visiteurs. Debout sur les pattes arrières ils attendaient qu’on leur lance un fruit ou une gourmandise.

Au mois de janvier 1996 une surprise nous attendait. La neige avait recouvert l’enclos. Ségolène n’avait pas réintégré sa cage. Prostrée dans un coin de l’enclos, tache noire sur un tapis blanc elle nous apparut bizarre repliée sur elle. Bruno s’approcha et s’aperçut qu’elle avait mis au monde un ourson de la taille d’un rat. Elle le protégeait de tout son corps. Le vétérinaire monta et nous invita à séparer l’enclos en deux parties pour isoler le mâle du petit. L’ourson qui pesait trois cent grammes à la naissance grandit sous la protection de sa mère. L’annonce de sa naissance relayée par les journaux locaux, la radio et la télévision contribua à augmenter considérablement le nombre des visiteurs. Lorsque le vétérinaire put examiner d’assez près le petit ourson il découvrit le sexe. C’était une petite femelle. Il fallait la baptiser.Un concours fut organisé et, toutes les écoles de la vallée y participèrent. Le dépouillement eut lieu à BORCE et c’est le prénom de MYRTILLE qui émergea. Ce baptême fut l’occasion d’une fête au village. Marcel AMONT présent dans l’assistance accepta de devenir le parrain de la petite MYRTILLE. Les artisans étaient aussi de la fête.

Myrtille
Myrtille, photo Odile Malaganne

La publicité faite autour de MYRTILLE et des ours de BORCE draina une foule considérable vers l’enclos. Sur le chemin d’accès des grappes de visiteurs se dirigeaient vers la billetterie.

Dans le courant de l’année 2001, j’ai mis fin à mes fonctions de maire de LEES ATHAS, et un peu plus tard à l’Office de tourisme de la vallée d’ASPE et au clos des ours de BORCE. Mes successeurs à l’Office de tourisme ont pris le relais jusqu’à ce que le clos soit transféré au parc animalier où Myrtille a donné naissance à trois oursons qui font à leur tour l’admiration du public.

Je conserve un excellent souvenir de mon implication au clos des ours   et des relations que j’ai nouées avec le personnel de l’enclos, la municipalité de BORCE, avec les directeurs et le personnel des PEP, avec  Monsieur JUTANT ( inspecteur d’ACADEMIE ) et le Bureau des PEP de PAU représenté par (MM LATRUBESSE, SEGAS et CHALIES). Tous nous ont apporté leur aide et leur soutien .Qu’ils en soient remerciés.

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Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Lesly dit :

    C’est marrant c’est peut-être la quatrième ou cinquième fois que je tombe sur un article qui raconte l’histoire du pauvre Jojo en oubliant de cité le fait qu’en 1990 un enfant de 10 ans à peine à était mordu. Tout le monde semble avoir complètement oublié ce fait..

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