Mes jeunes années à moi

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C’est une très ancienne jeune femme – on ne parlait pas de vieilles femmes au temps jadis – qui va bavarder avec vous.

C’est donc une arrière-grand-mère qui est invitée lors d’une réunion de famille au milieu de deux, trois ou même quatre  générations qui la laissent abasourdie avec leurs histoires : les vacances au bord de la mer entre camarades, les voyages en avion qui vous donnent le vertige et que sais-je encore ? Ah oui !!! Les boums, jeux et danses chez l’un ou chez l’autre… Le chahut ? Les voisins comprennent ; ils sont jeunes, ils s’invitent, ils portent des boissons, cigarettes, quelques disques aussi…Ils parlent à demi-mots tels, que je ne comprends pas toujours ! Je pose des questions, les jeunes « rient sous cape »

« C’est quoi les courriels ? » L’ancienne est un peu gâteuse…

Mes jeunes années à moi ? Elles étaient bien différentes : certificat d’études, une opération délicate qui me laisse bien fatiguée…

Au bout de quelques mois, envie d’apprendre un métier. Une parente fait connaître à ma mère une personne ayant un atelier de couture de bonne réputation où je reste quelques années ; apprentissage – formation – atelier sympa !! Comme disent les jeunes. C’est l’époque de Michèle MORGAN et Danielle DARRIEUX. Notre patronne aimait bien le cinéma. Un jour, elle revint enchantée des robes que portaient les deux artistes en vogue et s’adressant à ses deux petites mains – nous avions le même temps de formation, Lucette, ma camarade, et moi « la cadette », parce que la dernière rentrée – : «Vous allez voir le film avec Michèle MORGAN, c’était dans les années 1937, 1938, (le nom du film m’échappe…), vous  dessinez la robe en regardant bien les détails, s’il le faut, vous irez une deuxième fois ! » Naturellement, nous étions très contentes.

Sur ces entrefaites, une dame de Paris, amie de la patronne, vient passer quelques jours au bord de la mer et ayant travaillé dans les mêmes ateliers, elles parlent métier et, regardant nos dessins – qui étaient loin d’être parfaits –, elle nous demande qui veut monter à Paris pour travailler le dessin de mode, être styliste. « Toi la cadette, ça te plairait ? Je peux en parler à tes parents, je te prendrais en pension chez moi ». « Je vais en parler moi-même » dis-je. Styliste dans une maison de couture !! Mon rêve !

J’en parle à Maman qui me dit : « il faut voir avec Papa, parle-lui toi-même ». Papa arrive, je raconte toute heureuse… Papa m’écoute : silence !!! Au bout de quelques instants : « Qui est cette personne ? » J’explique ! Alors Papa, très calme, me dit : « tu sauras, ma fille, qu’une fille ne quitte pas la maison sans être mariée ! » Et vlan ! Fini le rêve de styliste ! Papa avait parlé ! On ne discutait pas avec Papa ! C’était les années 1937 – 1938. Quelle différence avec les générations d’aujourd’hui !

Fin de mon histoire

JRL

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