La cerise d’Itxassou

Guy LALANNE

Dès la fin du XIXe siècle, les premiers guides touristiques font référence à la cerise d’Itxassou (écrit à cet époque Itsatsou) et nous permettent d’évoquer une partie de l’agriculture de l’époque.

Guide Adolphe Jouanne, 1874

« La plupart des malades ou des touristes qui viennent à Cambo vont visiter le village d’Itsatsou et le Pas de Roland. En suivant la route qui longe la rive gauche de la Nive, on gagne en moins d’une heure le charmant village d’Itsatsou (1409 habitants), le Montmorency de Bayonne pour les cerises…

Dix minutes après avoir dépassé Itsatsou, on entre dans la gorge rocheuse d’où sort la Nive. De magnifiques châtaigniers en ombragent les abords…

Le chemin traverse un rocher bas et étroit qui domine presque à pic la rivière.

Le 16 juin 1856, les eaux de la Nive se sont élevées jusqu’à la naissance de l’ogive que forme cette ouverture, évidemment artificielle. »

Guide Ardouin-Dumazet : voyage en France 1904

 

« En amont de Cambo, le pays de Labourd s’étend jusqu’au défilé du Pas de Roland, ouvert par le héros se rendant en Espagne, dit la légende. La Nive, avant ce passage, est une succession de biefs dans lesquels les pêcheurs ont placé de singuliers appareils, des filets disposés sur 4 ailettes et mus par le courant. Le dernier village du Labourd, Itsatsou, à l’entrée de la gorge, est un des plus riants du Pays basque. Tout le monde y est riche, me dit-on, grâce à un Américain qui se donna le luxe de doter les jeunes filles.

Il y a beaucoup de villas entourées de cerisiers ; ces arbres sont une source de profits, on y fait pour 30 000 F de cerises par an.

L’agriculture est bien étendue, les champs de céréales offrent un singulier aspect par le cordon de fèves qui les entoure. Le lin, que l’on cultivait beaucoup dans le pays, entre encore pour une part importante dans l’assolement ; la plante semble dans son habitat car on voit les fleurettes bleues balancées sur leur tige gracile dominer les autres herbes des prairies.

La rivière au-dessous de ce village bien abrité par sa montagne coule avec gaîté dans un lit où l’on pourrait compter les cailloux, tant les eaux sont transparentes. »

La cerise d’Ixassou, d’après un document du syndicat Nive-Nivelle rédigé par François Halty avec la collaboration de Michel Hiribarren et de Michel Ithurburua en 1983.

Origine

L’origine de la culture de la cerise d’Itxassou reste mystérieuse et lointaine, mais le saint qui veille sur le village, saint Fructueux (Jondoni Murtuts en basque), témoigne de l’ancienneté de la culture de la cerise dans le village.

Il y a des cerisiers sauvages un peu partout au Pays basque mais c’est à Itxassou que l’on trouve le plus d’arbres cultivés.

Pourquoi à Itxassou ? On ne le sait vraiment pas. Est-ce dû à une tradition dont l’origine s’est perdue ou bien le sol ou le climat ont-ils une influence ? Il semble que l’aire de la cerise à Itxassou soit protégée des vents d’ouest notamment.

 


Le marché du Laxia

Pendant les 4 à 5 semaines de production, un important marché se tenait tous les jours à Laxia. D’autres marchés plus modestes existaient à Basseboure ou sur les routes menant à Laxia.

A cet endroit, la cerise s’échangeait entre de nombreux producteurs, plusieurs grossistes et détaillants. Pendant plus d’un mois, 5 camions venaient s’y approvisionner chaque jour. Les cerises étaient descendues de la montagne en traîneaux par des vaches, voire à dos d’homme.

Avant l’automobile, c’est par wagons de chemin de fer que la cerise était acheminée vers Bayonne. La production était de l’ordre de 160 à 300 tonnes.

La cerise constituait la première source de revenus pour certaines exploitations agricoles.

En 1953, sous l’impulsion de M. Gout, ingénieur des services agricoles à Bayonne, un syndicat de producteurs fut créé pour développer la production de cerises à chair plus ferme et d’aspect commercial, et pour une meilleure organisation de la vente.

Parallèlement, le syndicat envisagea de remplacer la variété Xapata par des produits plus fermes et plus colorés, essentiellement des bigarreaux. Le fait de soigner la présentation permit d’améliorer les prix de vente. Malheureusement, ce succès fut de courte durée du fait du manque d’autodiscipline des producteurs.

Le déclin de la cerise

La production de cerise est restée prospère jusqu’en 1960-1965. Puis l’exploitant a dû se mécaniser, emprunter de l’argent et chercher des productions plus fiables. Il accrut son cheptel, construisit des abris, augmenta la production de maïs et de fourrage.

La mécanisation entraîna aussi la disparition des domestiques tandis que les couples avaient moins d’enfants, donc moins de bras pour le travail à la ferme. Si bien qu’on ne ramassa plus les cerises que lorsqu’on avait du temps de libre, c’est-à-dire de moins en moins.

L’offre ne suivit plus la demande et les grossistes se tournèrent vers d’autres régions de France.

La relance de l’activité

La relance de l’activité mit 20 ans. La priorité fut le renouvellement du verger vieillissant.

Il fallut se résoudre à planter des arbres de manière commode pour les travaux d’entretien et de récolte et à abandonner la disposition traditionnelle en bordure des prairies en créant de véritables vergers.

Il fallut travailler le sol, tailler les arbres, les traiter et leur apporter des engrais. Enfin, il devint indispensable de commercialiser des fruits triés et calibrés.

Un groupement d’environ 12 producteurs s’est constitué dans les années 90 et a organisé un programme de replantation facile à récolter.

La nécessité d’un verger piéton était d’actualité avec des porte-greffes nanisant comme Tabel ou Maxma venus de la région du Var, et des greffons prélevés sur les variétés anciennes du Pays basque, qui sont au nombre de trois à Itxassou (extrait de Cambo info) :

  • Peloa, plutôt molle au jus très coloré, presque noire. Cerise noire qui mûrit fin mai.
  • Xapata, cerise plus rosée avec un goût plus acidulé. Mûrit début juin.
  • Beltza, noire et toute petite. Elle est utilisée pour la confiture.

Jakintza
Association Jakintza – Itxassou

 

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