La douceur de l’enfance

Je m’appelle Sauveur NOBLIA, je suis né le 11 septembre 1927 de parents agriculteurs à SEGURAKO borda, dans une ferme située dans les montagnes d’Espelette, à 1 km de la frontière espagnole. Ma famille était composée de 5 frères et 3 sœurs, j’étais le 9ème. Malgré le nombre, j’ai été aimé et désiré, je dirais même « chouchouté ».

 « Tout petit sur les genoux de ma mère, j’ai passé des moments merveilleux en apprenant des prières et des chants basques :

 Tilili eta talala                                           

Kantu guzien ama da                             

Nik ogia eta xingarra                             

Zuk idiaren adarra                                 

 J’avais 6 ans en 1933, quand je pris la route de l’école de Basaburu avec mes frères, sœurs et voisins. Les deux heures de route à pied me paraissaient interminables, chaussé de «kloskak », (chaussures en cuir avec des semelles de bois rigide) et couvert de mon béret basque.

      La discipline de l’école m’avait beaucoup surpris, moi habitué à la liberté de la montagne. Pas d’amusement possible en classe et en ce temps-là parler basque était interdit et puni. Le port d’un tablier noir était obligatoire pour les garçons et au passage d’une personne adulte il fallait retirer le béret.

 En 1939, trois événements marquèrent ma vie :

          La veille de ma communion solennelle mon frère décède d’une pleurésie. Je fus le seul à aller à la cérémonie.

          Je me rappelle aussi avoir vu mon père, la tête prise entre ses deux mains, désolé par cette deuxième guerre qui mobilise deux de ses fils. Lui-même ayant sacrifié 8 ans de sa vie pour la France, dont 4 années pour la guerre de 14-18.

          Cette année là, je fus contraint de quitter l’école pour être engagé comme domestique dans une ferme loin de mon foyer. Déçu, je ne pourrai pas passer mon certificat d’étude.

Après la guerre, Xalbat, mon frère aîné, fut prisonnier de guerre en Allemagne, à Hanovre pendant 5 ans et le régiment de mon autre aîné Antton, fit retraite au Maroc. A leur retour, la vie nous avait tous transformés et c’est avec beaucoup d’émotion que j’avoue avoir eu du mal à les reconnaître.

En 1947, je fus appelé sous les drapeaux où j’ai passé 14 mois à Paris, loin de mes montagnes d’Espelette ; je terminais en tant que sergent réserviste. Pendant cette période, on me proposa de devenir douanier, ce qui fut mal accepté par mon père, qui me fit comprendre que ma place était d’être agriculteur dans une famille de contrebandiers. Et c’est ainsi que je repris l’exploitation de mes parents car mes frères aînés avaient choisi des destinées différentes.

 Avec mon père en pleine forme à mes côtés, le travail était un plaisir grâce à son expérience et ses conseils. Les temps libres étaient tous aussi agréables pendant les fêtes, les repas de famille dans lesquelles nous usions les cartes de mus, chantions des bertsu, écoutions les histoires que mon père racontait si bien.

 En 1950, j’épouse Jeannette HIGOA qui fut mon bras droit tout au long de ma vie. Six enfants viendront agrandir notre famille. Pour améliorer notre quotidien, c’est avec énormément de peine et de chagrin que je me sépare de ma maison natale pour en acheter une autre où les moyens de locomotion et d’accessibilité sont meilleurs. Et c’est là que naquit notre dernier enfant.

 Aujourd’hui nous nous retrouvons entourés de 14 « enfants », 17 petits enfants et de 13 arrière petits-enfants dont nous sommes très fiers. Et en famille il y a quelques mois, nous avons fêté nos 60 ans de mariage avec beaucoup d’émotion et de joie.  

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