Le mirage

Un jeudi après-midi mon Père me dit : «Je vais à Oran ,tu veux venir avec moi? » :

« Oh! Oui,» j’avais fait mes devoirs je fus vite prête à partir dans la petite 2cv Citroën avec un spider à l’arrière, un bijou !!! »

Nous roulons modérément jusqu’au pont de l’oued Tamzourha. A partir de là la route bifurque et s’engage dans la plaine désertique de Tafaraoui en suivant le lit de l’oued,

Aussitôt Papa accélère brusquement sa vitesse et ’tout-à-coup’ tout joyeux et tout fier s’écrit : »On fait du 60 à l’heure!’c’est fantastique! Tu te rends compte! Tu ne le diras pas à ta Mère, elle ne nous laisserait plus partir tout seuls, elle aurait peur, (je me sentis heureuse d’avoir à partager un secret avec Papa qui riait, grisé, par son exploit, au volant de sa voiture).

Au bout d’un instant il me dit : «Tu vois cette ferme là haut sur le Hamoul? »

Effectivement j’aperçois une très jolie maison ombragée de palmiers et de ficus au bord d’un lac brillant au soleil.

Étonnée je dis : « Mais je ne savais pas qu’il y avait une ferme là haut et avec un lac à cette hauteur? »

Papa me dit: « Tu as raison, il n’y a pas de maison là, il n’y a rien c’est un mirage. La ferme que tu vois là c’est la ferme Grivel sur la route de l’Araïba, tu la reconnaît? Regarde à gauche là-bas, tu la vois la ferme? « 

Alors abasourdie, je voyais deux fermes identiques, l’une à gauche la vraie, l’autre à droite réplique imaginaire, comme vue dans un miroir. Et Papa m’expliqua que c’était un phénomène dû à la chaleur intense de l’air, Il faisait très chaud en effet, l’air vibrait, tremblait, irradiait des milliers de petits arcs-en-ciel, Ce phénomène là je le connaissais, j’y étais habituée mais c’était la première fois que je voyais un mirage, Papa m’expliqua que normalement, en température constante, les rayons lumineux se déplacent en ligne droite, c’est pour notre cerveau une notion acquise ; hors dans le désert la température est plus chaude au sol que plus haut dans l’air, alors les rayons lumineux se déforment et ont une trajectoire courbe que notre cerveau ne corrige pas et on voit les objets déplacés, ce qui nous semble être de l’eau est en réalité le reflet du ciel.

Arrivés en haut de la côte Hamoul il n’y avait aucune ferme et j’étais fière du savoir de mon Père qui savait expliquer cette magie de la nature, fière du secret partagé, je n’ai jamais dit à Maman que nous avions atteint une vitesse de 60 kilomètres à l’heure ce jour là.

A cette époque c’était énorme !!!

 

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