L’école de ma Grand-mère

Ma grand-mère s’appelle Anne-Marie et elle est née le 3 octobre 1941.Comme pour tous les enfants, l’école est le lieu où elle a passé la majeure partie de son enfance et elle en a gardé de nombreux souvenirs.

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Elle fréquentait l’école publique Jules Ferry à Biarritz. Voulant savoir si la vie d’une écolière était très différente de la nôtre, je suis allé l’interroger.

 LES ELEVES :

«- Y avait-il beaucoup de classes dans ton école ? »

    «- Après la maternelle, on passait à l’école primaire. Là, il y avait toutes les classes : CP-CE1-CE2-CM1-CM2-Fin d’études première année- Fin d’études deuxième année ».

    «-Combien y avait-il d’élèves par classe ? »

    « -Je ne peux pas te le dire exactement mais les classes n’étaient pas très chargées. »

    « -Les écoles étaient-elles mixtes ? »

    « – Non, elles n’étaient pas mixtes. Il y avait l’école des garçons et celle des filles. »

    «-Quelle était le tenue vestimentaire des élèves ? »  

    « -J’avais un tablier à carreaux cousu par ma grand-mère. Mes frères aussi ; leurs tabliers étaient noirs ou gris, boutonnés sur le côté avec une ceinture.

Je me souviens avoir porté des galoches en cuir l’hiver. Sinon, garçons et filles portaient des « kneps » avec des chaussettes hautes, en laine, qui souvent retombaient en boudinant sur les chaussures. » 

  

LES MATIERES :

« -Quelles matières étaient enseignées ? »

  tableau« -Tous les matins, nous avions une leçon de morale avec une phrase  écrite au tableau qui était ensuite retranscrite sur le cahier du jour.

  En français, on faisait tous les jours de la lecture, une fois par semaine, la dictée et la rédaction le samedi. Grammaire, conjugaison et vocabulaire étaient également au programme. A la fin de l’école primaire, on connaissait par cœur tous les temps de l’indicatif, du subjonctif, du conditionnel et de l’impératif. On faisait des analyses de phrases : des analyses logiques. On apprenait beaucoup de récitations, en particulier les fables de La Fontaine ou des poèmes de Victor Hugo, Albert Samain, Théophile Gautier etc… qui ne sont plus très étudiés de nos jours.

 livre En mathématiques, on faisait beaucoup de problèmes d’arithmétique (robinets et trains !), un peu de géométrie et beaucoup de calcul mental.

  Les autres matières étaient l’Histoire, la Géographie, les leçons de choses (sciences). Nous faisions aussi du dessin et du travail manuel.

  Dans notre école, un professeur de musique communal nous apprenait des chants traditionnels (« Au bord de la rivière », « colchiques dans les prés »…) mais aussi « La Marseillaise » et « le chant du départ ».

  Il y avait également un professeur de gymnastique communal. Nous faisions de la gymnastique dans la cour de récréation (course, sauts etc…), du grimper à la corde sous le préau. On consacrait beaucoup de temps à préparer les Lendits. »

  « -Les Lendits ?? »

  lendits« -C’étaient des suites de mouvements de gymnastique assez statiques exécutés en même temps par les enfants de toutes les écoles du canton, vêtus de shorts blancs et de chemisettes blanches. Sur une manche était cousu l’écusson de l’USEP (Union Sportive de l’Enseignement Public) et sur l’autre l’emblème de l’école. Celui de mon école était un écureuil en feutrine marron dont j’étais très fière. Chaque établissement  préparait avec beaucoup de sérieux cette grande fête qui se tenait à la fin de l’année scolaire au stade d’Aguiléra. »

  

  « -Quelles étaient tes matières préférées ? »

  « -En classe, j’aimais toutes les matières se rapportant au français. J’adorais la « récitation ». L’histoire de France aussi me passionnait. On l’apprenait surtout sous forme d’anecdotes : Henri IV et la poule au pot, Saint Louis sous son chêne etc… Il fallait quand même retenir les principales dates : Alésia, la mort d’Henri IV, le règne de Louis XIV…

Je redoutais un peu les interrogations de géographie. Nous apprenions à situer sur la carte, villes, fleuves, montagnes, mers et océan de France. Mais au dos de cette carte murale, il y avait la carte muette, sans indications écrites, et là, bien sûr, les choses se compliquaient ! »

 

LES HORAIRES ET LES VACANCES :

  « -A quelle heure commençais-tu et terminais-tu ta journée d’école ? »

  « -Je n’habitais pas loin de l’école et je m’y rendais chaque matin à pied, comme tous mes camarades, même ceux dont le domicile était plus éloigné. Personne ne venait à vélo et encore moins emmené par les parents en voiture !

La classe avait lieu le matin de 8h30 à 11h30 et l’après-midi de 13h30 à16h30. Je ne restais pas à l’étude du soir comme certains élèves. Après une courte récréation pendant laquelle les enfants goûtaient et jouaient un peu, cette étude permettait de faire les devoirs du soir sous la surveillance de la maîtresse. Cette dernière n’était là que pour surveiller et n’apportait aucune aide. D’ailleurs, à l’étude, la discipline régnait de la même façon qu’en classe. »

  « -Quel était ton jour de congé ? »

  « -Nous avions classe tous les jours de la semaine sauf le jeudi (et le dimanche bien sûr).

  « -Et parle-moi de tes vacances… »

  « -Les grandes vacances commençaient début juillet et la classe ne reprenait que le 1er octobre. »

  « – Trois mois de vacances ? Quelle chance ! »

  « -Mais à Noël et à Pâques, nous n’avions que trois ou quatre jours de vacances et seulement deux jours à la Toussaint.

Le 1er mai et le 11 novembre comme aujourd’hui étaient fériés.

 

 LE MATERIEL ET LA SALLE DE CLASSE :

« -Quel était le matériel de l’élève ? »

  « -J’avais un cartable en « carton bouilli » qui contenait le matériel scolaire. Livres et cahiers restaient en classe dans le casier de notre table en bois. Nous n’emportions à la maison que le nécessaire pour nos devoirs du soir.

plumierCrayons à papier, porte-plume à la plume « Sergent major », gomme, aiguise-crayons, compas étaient rangés dans un plumier en bois, simple ou double.

Cahiers et livres étaient recouverts de papier bleu ; nous avions aussi des protège-cahiers de réclames et des buvards distribués par la maîtresse. Moi, j’aimais collectionner les buvards portant des publicités, on disait « des réclames » : chocolat Meunier, cacao Van Houten, Ripolin etc…

En classe, on travaillait sur le « cahier de brouillon » et on recopiait nos exercices sur le «cahier du jour ». Ce cahier devait être très bien tenu : traits tirés à la règle, pas de ratures ni de taches. Pourtant, avec le porte-plume, il y avait parfois quelques pâtés…

Un « cahier de roulement » était  tenu chaque jour, par les élèves, à tour de rôle. C‘était une sorte de témoin que la maîtresse conservait dans la classe, peut-être pour montrer à l’inspecteur (l’inspecteur, je ne crois pas l’avoir vu de toute ma scolarité ; pourtant, nous en parlions et redoutions sa venue).

Une fois par mois, nous tremblions quand approchaient les compositions que nous faisions sur le « cahier mensuel ».

Nous étions notés sur dix dans toutes les matières et ce cahier était ensuite signé par les parents. Enfin sur le cahier du soir, nous faisions nos devoirs du soir. »

 

  «- Décris-moi une salle de classe. »

  «-La classe était spacieuse et éclairée par de hautes fenêtres. Face au bureau de la maîtresse installé sur l’estrade en bois, se trouvaient les rangées de tables bien alignées. En bois foncé, bien astiquées, le plan de travail légèrement en pente, elles comportaient une rainure pour poser crayons et porte-plumes et un trou dans lequel on mettait l’encrier en porcelaine.

Sur le côté de la table, un clou servait à suspendre le cartable. Nous étions deux par table. Nous utilisions de l’encre violette que la maîtresse préparait elle-même ; dans une bouteille en verre au bec verseur en métal, elle mélangeait une poudre violette à de l’eau et remplissait les encriers. Parfois, elle laissait faire ce travail à un élève.

La classe était chauffée par un gros poêle  à bois situé dans un angle. Dans les grandes classes, c’était « l’élève de service » qui était chargé, les matins d’hiver, d’y mettre les bûches. Je n’aimais pas ça !

Il y avait en effet chaque jour un « élève de service » qui avait le droit de rentrer en classe avant les autres, le matin, pour, en plus d’allumer le feu, distribuer les cahiers, effacer les tableaux noirs si nécessaire. Le soir, il ramassait les cahiers et devait laisser la classe propre.

Le samedi après-midi, après que la maîtresse nous eut lu une histoire, nous devions cirer nos tables. Pour cela, chacune avait son chiffon et son pot de cire apportés de la maison. Dans la classe, il y avait aussi une bibliothèque bien fournie qui nous permettait d’emprunter un livre chaque samedi.

Une armoire haute, vitrée, renfermait du matériel de sciences et des petits animaux conservés dans du formol (vipères, couleuvres…).

Un grand cadre en bois contenait les cartes de géographie mais aussi des planches de sciences ou de vocabulaire.

Au mur, un compas, une règle plate et un rapporteur étaient accrochés à un piton. Sur le bureau de la maîtresse, je revois le globe terrestre. »

 

LA DISCIPLINE :

«- Y- avait-il des règles strictes en classe ? »

  «- Oui ! Nos maîtres et nos maîtresses étaient sévères et nous les craignions !

Pour entrer en classe, il fallait d’abord se mettre en rang et se taire.

Quand une personne étrangère entrait dans la salle, nous devions nous lever en silence et nous rasseoir au signal de la maîtresse.

Pendant la classe, pas de bavardages sinon, c’était la punition assurée !

Si nous devions intervenir, il ne fallait surtout pas oublier de lever le doigt avant de prendre la parole. Et si nous chuchotions avec notre voisin, attention à ne pas se faire prendre ! »

  «- Quel type de punitions aviez-vous ? »

    «- Des lignes à recopier ou des exercices supplémentaires à faire après la classe.

Nous pouvions aussi être privés de récréation.

bonnetUne petite claque, un coup de règle sur les doigts n’étaient pas rares.

Aller au coin était le plus vexant !

Je n’ai pas de souvenir du bonnet d’âne mais je sais qu’à l’école des garçons proche de la mienne, certains maîtres l’utilisaient encore.

 

Certaines punitions étaient à faire à la maison ; celles-là, nous les redoutions car nos parents pouvaient nous les doubler. Pas question d’essayer de s’expliquer ; la maîtresse avait toujours raison !

Nos maîtres étaient sévères mais nous les trouvions justes et ils pouvaient faire preuve de tolérance. Par exemple, moi comme beaucoup d’autres, j’allais au catéchisme une fois par semaine, le midi. Il fallait se rendre à l’église qui était loin de l’école ; le temps qu’il restait pour le déjeuner était alors bien raccourci. Nos maîtres nous autorisaient  à partir plus tôt vers onze heures ou onze heures quinze, ce qui nous permettait d’arriver à l’heure au catéchisme.

Les garçons, quant à eux, lorsqu’ils étaient « enfants de chœur » étaient autorisés  à s’absenter pour aller servir une messe, lors d’un enterrement par exemple.

Nos maîtres, qui étaient des laïques convaincus, faisaient ainsi preuve d’une grande ouverture d’esprit.

Cela n’a pas empêché les enseignants de mon école d’essayer de fonder un patronage laïque  et mixte, le jeudi, pour concurrencer celui de l’Eglise !

J’y suis allée quelque temps, mais ça n’a pas marché…Nous n’étions pas assez nombreux. »

 

    LES JEUX PENDANT LA RECREATION :

  « – Parle-moi des récréations. »

  « -Il y avait une récréation le matin et une l’après-midi.

jeuQuand il faisait beau, les groupes se formaient pour jouer à la corde à sauter, à la marelle (chez nous on disait au chapiot), à la balle contre le  mur, aux osselets. Certaines jouaient à la poupée. On jouait aussi à des jeux de ballon : au ballon prisonnier, à la balle et au chasseur. Autres jeux : les quatre coins, gendarmes et voleurs, la tape-haute, chat perché.

Les garçons avaient les mêmes jeux auxquels s’ajoutaient les différents jeux de billes (avec des billes en verre ou en terre glaise) et de pelote. »

 

    LA CANTINE :

   « – Où prenais-tu le déjeuner ? »

  « – A la maison ! Dans notre école, située en ville, il n’y avait pas de cantine. Dans les écoles rurales des environs, les enfants habitant loin portaient leur repas de midi et pouvaient le faire réchauffer sur le poêle.

Une anecdote amusante me revient en mémoire : en 1954 , ou 55 , je ne sais plus exactement, j’ai bénéficié pendant une courte période d’une mesure prise par Mendès-France : il s’agissait d’aider les petits Français à aborder la journée scolaire dans de bonnes conditions en leur faisant boire chaque matin un verre de lait en arrivant à l’école. Cela n’a pas duré longtemps ! »

 

DE RETOUR A LA MAISON :

  « – Avais-tu beaucoup de devoirs ? »

  « – Il y avait en principe un exercice de français et un problème ( que nous faisions sur le « cahier du soir ») ainsi que des leçons : leçons d’Histoire ou de Géographie. Récitations et tables de multiplication étaient également apprises à la maison. Nous passions du temps à faire ce travail. »  

  « – Tes parents t’aidaient-ils à faire tes devoirs ? »

  « – C’est surtout mon père qui venait dans ce que nous appelions la «  chambre des devoirs ». Là, il surveillait notre travail, à mes frères et à moi, et nous faisait réciter les leçons. Il était sévère et n’hésitait pas à rajouter quelques exercices ou à nous faire faire une dictée. »

 

    LE CERTIFICAT D’ETUDES :

  « – Quand as-tu quitté l’école primaire ? »

diplome  « – En 1955, après mon certificat d’études. J’avais 14 ans. J’aurais pu faire comme quelques élèves et entrer en sixième après le CM2. Mais, c’était là une possibilité très récente que peu d’élèves adoptaient. Et mon père, prudent, tenait à ce que ses enfants aient le certificat d’études primaires car c’était le premier diplôme et si l’on n’obtenait rien d’autre…

SportJe l’ai donc eu ! Et puis, j’ai bénéficié d’une mesure qui n’a pas duré. J’ai eu la possibilité d’entrer directement en 4ème après le « certif », à condition de passer un petit examen. Mais, pour cela, j’ai dû apprendre un peu de géométrie et surtout d’algèbre pendant les grandes vacances . C’est le mari de ma maîtresse, directeur de l’école des garçons, qui m’a donné quelques cours. Il fallait aussi connaître une langue ; ma grand-mère étant espagnole et me parlant dans sa langue, cela m’a bien aidée.

En recherchant ce diplôme, j’ai aussi retrouvé mon brevet sportif scolaire, passé la même année dans le cadre de l’école. »

 

 

 

 « – Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions ! »

 

Ma grand-mère n’est pas très âgée et pourtant, en quelques décennies, l’école a bien changé. Etait-ce mieux avant ? Est-ce mieux maintenant ?

Je ne saurais le dire, mais ce que je sais, c’est que ma grand-mère a dû aimer aller à l’école car, à la fin de ses études, elle a choisi de devenir…institutrice !!

 

 

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Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Amélia dit :

    ce site est vraiment géniale 🙂 il y a toute les info pour faire un bel exposé

  2. laura dit :

    se site est trop geniale moi j ai eu un devoire de coment etait l ecole autrefois

  3. lainé dit :

    C’était Son Ecole
    Et ce fut la mienne ( né en 1943)
    Je suis toujours Médecin, à 71 ans
    Cette Ecole a fait de nous les Géants de Notre Histoire

  4. Dubourdieu dit :

    Bonjour,
    Votre témoignage a été d’un grand secours pour la réalisation de l’exposé de ma fille sur l’école au cours du XX siècle.
    Par contre au niveau des jeux pourriez vous nou donner la définition du jeu « Tape-Haute » afin qu’elle puisse le définir.
    Bien cordialement
    Merci

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