Les haricots Tarbais : semer et récolter dans les années 1950

Tiens, ces jours-ci, en semant et plantant notre jardin, je me remémorais quelques dizaines d’années en arrière. À cette époque, le semis du haricot Tarbais en culture associée avec le maïs pour tuteur, améliorait les finances de la famille.

Le sol, préparé pour semer, c’était au tour du semoir : un «latisnère» avec deux compartiments (bleus) pour le grain, pour semer deux rangs à la fois. Dans chacun, il y avait une séparation avec des rouleaux en bois – l’un pour les grains de maïs, l’autre pour les grains de haricots. Quelques fois, pour les adapter au calibre du grain on les creusait et  allongeait au couteau. L’attelage des boeufs, et plus tard, la jument, entraînait le semoir. En maintenant fermement les mancherons, il fallait surveiller que la chaîne d’entraînement ne saute pas, ou qu’un pied du semoir ne se bouche pas avec une motte de terre !

Quand le temps s’y prêtait, les grains sortaient vite dans un alignement harmonieux (c’est là aussi qu’on jugeait du travail soigné du semeur et des animaux bien dirigés). La croissance rapide des haricots les incitait à s’enrouler amoureusement autour du pied de maïs et à grimper de telle sorte que l’espace entre les deux rangs se restreignait, cela formait une haie dense. On arrivait en août avec la récolte des premiers grains frais, à point car c’était le moment de la batteuse, quel régal ces haricots de grains charnus. Les autres gousses séchaient sur pied. Pour les ramasser, on faisait un premier passage. Chacun équipé d’un sac de jute, replié au tiers. Noués à un petit caillou, les liens de corde de lieuse étaient fixés de sorte que le sac puisse bailler pour y introduire les gousses sèches. On entrait alors dans la «jungle»,  la chaleur s’y engouffrait, c’était suffocant. Le travail pénible installait le silence. Le sac plein, on le vidait dans les grands sacs qui servaient pour la batteuse et on continuait, le dos rompu, les reins sciés par la corde. Les deux ou trois passages suivants étaient plus faciles, la végétation séchait. Ensuite, on étendait les gousses sur les draps des boeufs, au grand soleil. Aux heures les plus chaudes, munis de grande gaule, on tapait la couche de haricots dans un sens puis dans un autre. On entendait les gousses éclater. Quand le soleil baissait, séparation des grains et des gousses que l’on roulait dans les draps jusqu’au lendemain ensoleillé.

Ce travail se répétait jusqu’à ce que les gousses soient vides. Le grain aussi séchait au soleil. Bien sec, on le passait dans le « tarare » et le crible. Le triage permettait de vendre et de garder des grains sains. De temps en temps, on surveillait que le charançon ne fasse pas quelque intrusion indésirable.

 

 

Ce témoignage…en béarnais : Las mounyètes

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