Lettre à Aurélie

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Après la première guerre mondiale, mon grand-père, démobilisé, était entré comme employé de chemin de fer à la Compagnie du Midi. En 1923, il eut l’occasion de partir « occuper l’Allemagne ». Voici un courrier adressé à sa soeur Aurélie, au dos d’une série de 10 cartes postales.

Gross Gerau le 2 mars 1923

Chère sœur,

Me voici enfin casé depuis le 28 février, mais comme j’avais beaucoup à écrire, je suis un peu en retard pour toi. Comme je t’ai écris de Bordeaux, j’ai voulu écrire à tous ceux à qui j’avais promis et que je n’avais pas écris encore.

Je ne suis pas trop malheureux ; pour le travail c’est la pagaille ; pense que nous sommes 4 dans une gare où les boches étaient au moins 30 ou plus. Il nous a fallu prendre la direction des postes d’aiguillage, les télégraphes, les téléphones enfin tout, sans avoir été enseigné de personne. Je t’assure qu’on fait le plus gros et on laisse le reste. J’espère que ça s’améliorera quand même.

Moi je donne les billets aux voyageurs et je m’occupe des communications télégraphiques et téléphoniques et d’un peu tout.

Pour la nourriture, nous sommes très bien. Nous payons 2000 marks par repas mais ce n’est pas beaucoup car avec 1 franc nous avons 1500 marks. Nous couchons chez des particuliers avec ordre de réquisition et nous ne sommes pas trop mal non plus.

Les civils nous regardent d’un mauvais œil mais sont très calmes, en apparence du moins.

Nous sommes partis le 28 de Bordeaux et sommes arrivés le 29 au soir à destination. Nous avions un train spécial qui nous a amenés jusqu’à Mayence sans changer.

Nous avons revu un peu en passant toutes les ruines de la guerre mais ça commence à se rétablir. Et je t’assure, ne serait-ce que le voyage, ça vaut le coup de venir.

Je suis de nouveau soldat et tout équipé comme pendant la guerre. Nous nous sommes rendus maîtres de la gare et nous seuls la dirigeons.

Ils sont très bien outillés pour travailler. Ce tantôt, je vais à Mayence par le train aller changer des francs contre des marks car je t’assure qu’il en faut, ici on ne compte que par mille et millions et quand même avec une moyenne de 4 francs par jour, nous vivons.

Je t’envoie ces quelques vues de la ville où je suis, qui compte à peu près 8000 habitants. Ces 10 cartes ne me coûtent que 300 marks, soit 4 sous.

Si tu désires quelque chose qui te fasse plaisir et que je pourrais emporter avec moi quand je viendrai, je pourrais te l’acheter bon marché.

Seulement il nous est défendu d’en faire le commerce.

Bien le bonjour à Mme et L… et pour toi mes meilleurs baisers.

Maurice

 

Pour mon adresse, voici : Birebont Maurice, brigadier 7ème section des chemins de campagne à Gross Gerau – secteur postal 77.

Écris-moi longuement, ça me fera beaucoup de plaisir. Encore un gros baiser,

 

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