L’instituteur – secrétaire de mairie

L’instituteur était très respecté et estimé comme secrétaire de mairie. Les hommes et les garçons se découvraient pour le saluer. Il assistait à toutes les réunions du Conseil Municipal. Il était donc au courant de tout.

Les gens venaient le trouver le soir pour lui demander des renseignements, un conseil, les aider à écrire des lettres officielles etc…

Le maire qui habitait à côté, venait à la sortie de la classe prendre connaissance du courrier et éventuellement signer des documents.

Il n’avait pas de permanence à la mairie sauf, une fois par mois pour distribuer les tickets de rationnement en cette triste période d’occupation. Cela concernait toute la nourriture plus le tabac pour les hommes. Certains se sont mis à fumer.

D’autres ont échangé ces tickets de tabac contre des tickets de nourriture- affligeant ! Que l’on puisse échanger de la nourriture contre du tabac ! Les J3 (adolescents) avaient droit à une ration plus importante que les autres.

C’était l’homme providentiel.

Peut-être exagérons-nous, mais c’était ce que voyaient nos yeux d’enfants.


L’école

34Il y avait un couple marié d’instituteurs pour cette école géminée (garçons et filles ensemble)

 
La petite classe

La maîtresse, « Madame », avait quatre cours :

²   Section enfantine.

²   Cours préparatoire.

²   Cours élémentaire 1ere année

²   Cours élémentaire 2eme année

La discipline était de mise et les punitions nombreuses et variées : la mise au piquet dans un coin de la classe, tirer les oreilles ou la joue, parfois même recevoir une petite fessée…

Il n’y avait pas d’école maternelle. Les enfants de la section enfantine n’étaient pas habitués à rester assis, ne pas parler et écouter.

La plupart ne parlaient ni ne comprenaient le français. On imagine aisément les problèmes que cela devait poser.

En lecture, l’apprentissage des lettres, l’assemblage en syllabes puis en mots se révélait bien difficile. Cette méthode un peu débile qui consistait à allonger la bouche avec le doigt pour dire « a » ; à arrondir la bouche pour dire « o » ferait bien sourire aujourd’hui. Et pourtant, en fin de CE 2, tout le monde était capable de lire, écrire et d’effectuer toutes les opérations mathématiques manuellement, avec la table de multiplication jusqu’à 12, apprise par cœur.

 

La grande classe :

Le maître, « Monsieur », avait aussi quatre cours :

²   Cours moyen 1ere année.

²   Cours moyen 2eme année.

²   Cours supérieur (sur 2 années), qui avait été créé pour tenir compte de l’allongement de la scolarité.

L’âge pour le Certificat d’Etudes Primaires était passé de 12 ans à 14 ans. Quelques élèves avaient obtenu une dérogation pour motif d’aide familiale et passé le CEP à 13 ans. C’est dire si on commençait la vie professionnelle bien jeune !

Le CEP était un diplôme qui permettait d’entrer dans la gendarmerie, les postes etc…

 

La vie a l’école

35La devise aurait pu être :

RESPECT – DISCIPLINE – TRAVAIL.

En arrivant le matin nous allions ranger le cartable à notre place. En passant près du pupitre du maître, nous regardions le cahier des punitions, suite à la correction des différents devoirs. Ce cahier était ouvert et placé bien en évidence, intentionnellement.

Et là, nous savions si la journée allait être bonne ou mauvaise.

Pour chaque faute, le mot correct devait être copié 10 fois sur l’ardoise. Les devoirs à refaire sur le cahier de brouillon, le tout après la classe et à l’école, puis présentés au maître même lorsqu’il était au jardin, avant d’avoir l’autorisation de partir. S’il jugeait que la correction n’était pas convenable il faisait refaire. Ensuite, nous sortions dans la cour en attendant l’heure de la rentrée, 9 heures.

Dès le premier coup de sifflet, tout le monde se rangeait en deux files : les petits qui rentraient vite, et les grands. Nous étions vêtus d’une blouse de satinette noire et chaussés de galoches cloutées l’hiver et d’espadrilles l’été.

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Il y avait inspection de la propreté des mains et des oreilles avec, quelquefois, obligation d’aller se laver dans la cuvette d’eau froide sous le préau. Cet examen terminé, on rentrait en silence.

Nous nous placions debout à côté de notre table en attendant l’ordre de nous asseoir. Si quelqu’un rentrait dans la classe, nous devions nous lever et attendre qu’on nous dise de nous rasseoir.

L’écriture n’était pas facile avec ces petits porte-plume et l’encre violette. Il fallait faire très attention pour éviter les taches. L’utilisation de la gomme était prohibée. En cas de faute, il fallait rayer le mot erroné et au-dessus écrire le mot correct.

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En dictée, tout était sanctionné en fonction de la gravité : fautes, ponctuation, écriture…Avec 3 fautes, on pouvait ne pas atteindre la moyenne. Suite à une remarque mal comprise ou oubliée, on pouvait aussi recevoir une gifle ou un coup de baguette sur les doigts. Il fallait une attention de tous les instants. Pour les questions orales, tout le monde levait le doigt, même ceux qui ne savaient pas la leçon. Presque toujours, ça tombait sur ceux-là. Sans doute étions-nous de mauvais comédiens ? Ensuite, il interrogeait quelqu’un d’autre, et celui qui avait failli écopait du devoir à refaire par écrit après la classe.

 

Le « carton béarnais »

A la maison, tout le monde parlait béarnais et, même là où on parlait français aux enfants, les deux langues étaient souvent mélangées, ce qui était encore plus grave. Pour nous obliger à parler français, Monsieur avait instauré le « carton béarnais » Le système était simple : l’élève qui avait le carton en fin de journée était sanctionné par un mauvais point. Donc, celui qui le possédait était pressé de s’en débarrasser.

Il ne s’en vantait pas pour prendre quelqu’un d’autre en défaut. Celui qui le recevait, le prenait discrètement.

Tout le monde se méfiait de tout le monde, d’autant qu’il changeait de main plusieurs fois par jour et on faisait bien attention à ne pas parler béarnais. Ce procédé était efficace.

Peut-être pensez- vous que nous étions bien bêtes d’accepter le passage de témoin si gentiment ? Si tel n’avait pas été le cas, il y aurait eu forcément dispute, ce qui aurait attiré l’instituteur et le récalcitrant n’aurait pas écopé d’un mauvais point mais d’une punition bien physique !

A ce propos, nous n’avons jamais su à quoi servaient les bons et les mauvais points. Peut-être aux appréciations ?

 

La cour de récréation

(la place de l’église) était complètement ouverte, comme aujourd’hui. Mais notre rayon d’action était défini par des « Frontières virtuelles » que nous n’avions pas intérêt à franchir, ce qui permettait à l’instituteur de surveiller la cour depuis son bureau. Les filles jouaient à la marelle et sautaient à la corde sous le préau, également quelquefois aux billes. Les garçons jouaient aux billes et aussi au foot, mais ce fut de courte durée. Après que le ballon eut atterri dans la chambre chez Mainhagu, nous n’y eûmes plus droit. IL fallut se rabattre sur la pelote basque à main nue contre le mur de l’église.

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L’instituteur qui connaissait bien le béarnais nous avait indiqué une méthode infaillible pour écrire des mots se terminant par « é » ou « ée ».

En béarnais la terminaison   ade     donne en  français   ée

                                           at      donne en  français    é

Exemples

                                    Pensade                         Pensée

                                       Sentat                            Santé

 

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Le nettoyage de la classe était fait, à tour de rôle, par deux élèves, après les cours et avant d’effectuer les punitions éventuelles. L’instituteur était très sévère mais juste : il n’y avait jamais de punitions collectives.

Il était fortement déconseillé d’aller se plaindre à la maison si l’on ne voulait pas recevoir une correction pire que la première, sans autre explication. Le maître avait toujours raison !

Les parents ne s’occupaient pas du travail scolaire, mais ils regardaient le classement et les appréciations (en rouge sur le cahier mensuel) avant de signer. S’il y avait : « bon travail, peut mieux faire »on n’avait droit qu’à une toute petite leçon de morale, pour la forme, pour le cas où nous aurions été trop satisfaits. Sinon les punitions étaient inévitables.

Contrairement à l’impression que l’on pourrait retenir de nos écrits, la vie ne nous paraissait pas si dure que cela. Il y avait même de bons moments, notamment des sorties.

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Monsieur, que l’on pourrait qualifier aujourd’hui d’écologiste, nous emmenait un samedi après midi au printemps et un autre en automne dans la forêt, étudier la nature. En cours de route, il nous parlait des plantes rencontrées et nous faisait admirer le paysage. Arrivés dans la forêt, il nous expliquait la vie de la végétation, les variétés d’arbres et leur utilité. Et bien d’autres choses que nous avions côtoyées sans les voir.

Même une fois, nous sommes allés sur les hauteurs d’Escout  à la croix de Peyrocor, voir un dolmen en très bon état, qui, malencontreusement, a été abîmé et disparu depuis. On a bien essayé d’en construire un autre à proximité, mais ce n’est pas l’équivalent de l’original. Ces sorties étaient très intéressantes et instructives.

Dans les années 40-41, chacun de nous, les garçons comme les filles, avons tricoté des écharpes en laine pour les envoyer aux prisonniers en Allemagne.

Un mois avant l’examen du Certificat d’Etudes, nous avions aussi des cours complémentaires ou plutôt des révisions, le soir après la classe.

Entre temps, nous avions une demie heure de détente que nous passions à discuter, garçons et filles ensemble, ce qui n’était pas le cas lors des récréations habituelles.

Ces cours, qui duraient environ une heure, portaient sur les mathématiques, l’orthographe, les résumés. Les dates des batailles et les départements avec leur chef-lieu devaient être sus par cœur. En cas d’erreurs, il ne nous faisait pas de remontrances mais nous prodiguait des conseils, ce qui avait sans doute pour but de nous donner confiance en nous. Devenus adultes, nous vous savons gré de nous avoir donné ou imposé le goût de l’effort et bien préparés à la vie active.

 

Merci Monsieur l’Instituteur

Nous avons essayé de relater, aussi fidèlement que possible, quelques notions du vécu des habitants d’Estialescq au cours de la première moitié du XXème siècle.

 

 

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