Regard d’enfant : une des premières fêtes de village après la guerre – 1946 – 1947

Chez nous, la fête au village a lieu pour la Saint-Vincent, c’est à dire en hiver, en janvier.

Quand j’étais enfant, les festivités se tenaient le dimanche et le lundi. Le dimanche, traditionnellement consacré à la famille élargie, regroupait les tontons, tatas, cousins qui venaient à pied, à bicyclette en ou voiture hippomobile.

Pas d’apéritif, le repas, pantagruélique avec les bouillis, sauces, rôtis, comblait même les gros appétits. Évidemment les vins de la maison accompagnaient ces agapes, le gros rouge puissant, le blanc et au final du repas, l’eau de vie. Pour le dessert : le pastis, massepain maison. Dès le vendredi précédent, grand branle-bas. Maman et sa sœur allumaient le four du boulanger avec du bois trié bien sec. Elles sortaient les grandes bassines car il y avait 35 moules côtelés de tous gabarits à remplir ; le grand panier d’oeufs était nécessaire, l’eau de vie pour le parfum. Avant d’enfourner, les braises enlevées, il fallait compter jusqu’à 35 le bras dans le four pour avoir la température adéquate. Maman et sa sœur surveillait la cuisson par la petite lucarne de la porte du four. Dans la foulée de la fête, on faisait le pèle-porc, ainsi les massepains servaient pour les deux occasions. Ils faisaient aussi fonction « d’éponge » quand une part trempée dans un verre de vin blanc absorbait tout le liquide d’un coup ! Pour accompagner le pastis, on sortait les pommes rouges et les reinettes de sous le foin, astiquées avec un chiffon de laine, elles rutilaient dans la corbeille. Au fur et à mesure du déroulement du repas les rires et les voix – et quelquefois les désaccords – prenaient du volume.

Pour les hommes, un petit tour de propriétaire à l’étable pour digérer après le café accompagné de la goutte. Pour les femmes, le papotage des nouvelles familiales tout en aidant à la vaisselle et nous, les enfants, nous attendions avec impatience le départ  pour le bal. L’accordéoniste et deux ou trois compères invitaient les participants à danser et sautiller. Pour « l’animation », souvent, des groupes de gaillards avinés « lous patacassès » s’affrontaient à coups de poings. Cet intermède fréquent opposait ces « équipes » qui se connaissaient. Il n’y avait pas de buvette au bal, mais, plus loin deux auberges pour boire et manger, jouer à la belote. Il y avait également deux plantiers pour jouer aux quilles.

Le lundi de la fête, réservé aux cuisinières le soir, commençait par la messe et la cérémonie au monument aux morts, puis bal ; le repas plus tardif réunissait encore des convives. Dans la soirée, enfin posant leur tablier, les cuisinières entamaient au bal à leur tour leur soirée de festivités. Et ça dansait, ça dansait, ça riait !

Je garde un souvenir magique de ces mazurka, la polka piquée et surtout le quadrille. Les musiciens ou le meneur annonçaient : « première figure, deuxième figure, troisième figure, quatrième figure – Houlie !(folie) ». C’était un spectacle endiablé. Cela a perduré, tant que les acteurs ont vécu : danseurs et musiciens. Quel dommage d’avoir laissé perdre cette tradition d’une telle saveur ! A l’époque elle n’avait rien de folklorique, c’était ainsi que les anciens s’amusaient et dansaient.

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