La vie à la ferme

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Une agriculture bio avant l’heure

Tous les 5 jours un tonneau d’eau était amené à la maison, tiré par les vaches. Chaque soir un chaudron d’eau était chauffé à la cheminée pour laver la vaisselle, les hommes y lavaient leurs pieds avant d’aller se coucher. Le lendemain cette eau de vaisselle dans laquelle tout le monde avait lavé ses pieds était réchauffée pour préparer la soupe aux cochons avec des épluchures de pommes de terre, carottes, poireaux, choux, citrouilles, betteraves, son et de la farine de maïs. A la fin de l’année, le cochon était tué et consommé par toute la famille Donc une production bio, sans déchets et avec économie d’eau.

Avant 1950, chaque ferme possédait :

  • un lavoir pour laver le linge
  • un four à pain pour faire le pain chaque samedi
  • un four à chaux pour les terres et la construction
  • un bois de chênes pour le chauffage et la construction

Dans chaque village il y avait 1 ou 2 moulins pour la farine de pain ou méture. Une ou deux batteuses pour le blé et un bistrot près de chaque église. Avant chaque construction, il fallait abattre les arbres pour faire les planches et la charpente, et avec les branches et des thuyas, il fallait cuire la chaux. Tout le processus ; préparation, cuisson (jour et nuit), refroidissement, durait de 11 à 14 jours selon que le temps était sec ou humide. Depuis le ciment et la peinture ont remplacé la chaux vive.

Pour acheter le 1er tracteur à la ferme, il fallait abattre 80 chênes en vendre le bois pour la charpente et le chauffage. Depuis 1950 sont arrivés l’électricité, l’adduction d’eau, le téléphone, la voiture, le tracteur, la machine à laver, le frigo, le congélateur, la radio, la télévision, le four à micro-ondes et avec internet on peut discuter avec un Japonais ou un Australien, parfois plus facilement qu’avec son voisin de palier.

L’Agenda de notre ami Jean Louis nous permettra d’évoquer toute une série de travaux invraisemblables de nos jours, qui étaient effectués à la main, en 1960. C’était il y a à peine 50 ans. Pas de machines, les enfants n’allaient pas au collège, demeuraient à la maison avec les parents âgés et quelques célibataires qui n’avaient pas trouvé un avenir ailleurs. Il y avait donc de la main d’œuvre abondante dans les fermes.

Puis sont arrivés les tracteurs Massey Harris, Ferguson… les moissonneuses batteuses, les trayeuses, les engrais complets, les désherbants… C’était en fait, la fin du 19ème siècle. Les enfants sont partis au collège, une forte émigration s’est enclenchée, la Californie ayant fermé ses portes, ce furent Lourdes ou Paris. On construisit des appartements séparés pour les vieux, la maison de retraite viendra bien après. L’agriculture moderne est aux mains d’un seul couple, hyper mécanisé et doté de bâtiments imposants et fonctionnels, mais ne comptant pas ses heures.

L’alambic

Il faut rappeler que le droit de « brûler » n’était accordé qu’à un nombre limité de personnes qui acquittaient un droit aux impôts. Un alambic pour 2 ou 3 villages bien souvent, qui se déplaçait. Il s’installait sur une place et chacun amenait ses produits et bien souvent attendait d’abord son tour, et ensuite le temps de la distillation.

Alors on buvait un peu, on goûtait souvent le degré obtenu…. Il y a énormément d’histoires, pas tristes, autour de cette activité.

On tuait 1 ou 2 cochons, élevés dehors et finis au son, à la rèze ou au rézillon, issues du blé fournis par le meunier. On connaît encore bien le processus, il convenait surtout de constituer les réserves pour tenir toute l’année. Il n’y avait pas de congélateur, les filets, les saucisses, les coustons étaient confits dans la graisse et conservés dans les toupins que l’on trouve aujourd’hui dans les vide-greniers.

On taillait les haies qui clôturaient tous les champs. Il fallait boucher les trous, qu’une vache avait parfois forcés. Pour cela on mettait une fourchée de ronces et d’épines, on plaçait horizontalement à mi-hauteur des longues tiges de bois des deux côtés, que l’on liait en serrant avec les pieds, à l’aide de brins d’osier ou de saule de vannier. Le barbelé à tout remplacé mais a supprimé l’habitat d’une faune très abondante. Dans le même temps sont intervenus les Caterpillar, pour raser des fourrés, de haies, rectifier des parcelles. Même résultat, la faune mais aussi beaucoup de fruitiers plantés un peu partout ont disparu. La campagne rasée n’a plus ralenti la fuite des eaux. Sécheresse, inondations…

On arrachait la rave, le travail le plus détestable car en plein hiver il fallait gratter la terre de la tête de cet énorme radis. Quand l’argile était collée, c’était impossible avec des doigts gelés. On chargeait les brassées (mouillées !) sur des charrettes et cela tous les jours. Pour certaines bêtes au gosier fragile, on hachait la rave. Pour compléter le tableau, on allait tous les jours faucher un carré de trèfle ou de farouche pour les lapins, ramassé dans un carré de toile de chanvre. Aujourd’hui, chou, fourrage, colza, ensilage en vert qui se fauchent à la machine ont aussi aboli cette corvée.

On coupait le bois de chauffage. On abattait rarement un arbre, il y en avait toujours jetés à terre par le vent ou la foudre. On étêtait les gros chênes et leurs hautes branches qui repoussaient. On chargeait ces longues branches et on les entreposait debout contre un mur avec une barre en bois, les vieux feraient du petit bois tous les jours. Pour les grosses pièces on taillait à la scie passe-partout, on fendait avec les coins et les masses. Un travail de titans et vive la fendeuse au « cul » du tracteur! Et comme cheminée et fourneau tournaient toute la journée, il fallait constituer une réserve conséquente.

Et tous les jours les soins aux animaux. Foin, rave, trèfle aux vaches et aux brebis, grains aux volailles, verdure aux lapins, pâtée aux cochons… Pour ces derniers on faisait bouillir de grandes marmites de raves et de betteraves. On arrachait et on hachait des orties pour nourrir les oisons (qui donneraient confits et foies gras). Il fallait refaire la litière dans l’étable et la bergerie, en économisant le tas mais en y mettant assez pour que les bêtes ne se couchent pas dans leurs déjections. Et tous les mois on retirait ce fumier bien tassé pour l’entreposer en attendant le printemps

On faisait le fromage.

La collecte de Roquefort débutait à peine, un peu de lait de vache était ramassé. Quand on avait 30 ou 40 brebis et 12 à 15 vaches, on était important déjà. Alors on transformait le lait à la maison, le fromage était moulé dans une assiette « calotte » et avait une forme ovoïde, il était grillé devant la cheminée. Il assurait tous les goûters de l’année. Les agneaux étaient vendus plus gros, 15-20kg, vers Pâques, car on n’anticipait pas les naissances pour vendre les agneaux avant le premier de l’an, au marché espagnol, comme maintenant. Et on allait au marché pour cela, et non au pesage directement : lholdy, Hasparren, Hélette, Irissarry…

On coupait les thuyas pour la cour.

Chaque année on tapissait la cour de la ferme de thuyas ou de soustre. Cette végétation se décomposait petit à petit et constituait un supplément de fumier au printemps. Attention aux chevilles au début et travaux d’Hercule pour arracher cette couche bien tapikatia durant toute l’année. On voit cette couche sur une des cartes postales anciennes de ce livre.

On taillait la vigne.

On taillait les rameaux à 2 ou 3 yeux, on en conservait un de chaque côté du cep, on ramassait les sarments pour allumer le feu. Cette vigne serait ensuite liée avec des brins d’osier. Les vignes étaient en pente, on retournait la terre avec la grande pioche et à deux. Et comme la terre descendait, on en remontait des corbeilles à dos. Un travail très pénible mais fait dans la joie entre plusieurs voisins. Il fallait traiter la vigne ; on laissait tremper des cristaux de sulfate de cuivre dans l’eau et on ajoutait de la chaux vive qui servait de « mouillant » pour fixer le produit sur les feuilles.

Puis on versait du soufre sur les grappes avec une poudreuse. Il fallait lutter contre les prédateurs, grives et merles. Il n’y avait pas encore le détonant « bazooka », on posait xederak, des noeuds coulants en crin de cheval entre les branches, pièges très efficaces et gibier excellent quoique petit. Les étourneaux n’avaient pas encore découvert le Pays Basque, mais le blaireau debout sur ses pattes arrières se goinfrait de grappes juteuses, jusqu’au jour où il se faisait prendre dans une coulée par un lacet fait avec un câble de frein de vélo.

On faisait le vin.

On se mettait à plusieurs pour récolter le raisin, le fouler (avec les pieds ou à la machine). On mettait le moût à fermenter dans des cuves, on soutirait le vin et on pressait la masse dans un pressoir à cliquet, le vin était versé dans des barriques « bordelesak » de 225 l. le plus souvent. Au préalable, tonneaux, cuves, barricots étaient mis à tremper au bord du ruisseau pour que le bois gonfle. La religion du vin. Pire que la gas oil d’aujourd’hui, le vin était le véritable carburant stimulateur de ces travailleurs de force. Oh ! il titrait un petit 9°, mais sachant qu’il y avait 3 à 4 adultes par famille, 4 repas askari, bazkari, aratsaldeko, afari… 10 I. de liquide par jour n’étaient pas de trop en été. A vos calculettes ! Pour faire la soudure, on avait des stratégies. On fabriquait le cidre qui ne se conservait pas très longtemps. On mouillait le marc de raisin pour obtenir une piquette, minatta, et le marc de pommes, pitarra, très désaltérants au demeurant. Voilà pourquoi on consacrait tant d’énergie et tant de temps à la culture du vin. Pensez- y quand vous achèterez le prochain cubi, de 13°, à 1 euro le litre.

On semait les pommes de terre.

Récolte très importante, elle nourrissait les hommes, mais aussi les cochons avec le surplus. On rendait la terre bien meuble et dans chaque trou on faisait un lit de fumier pour le tubercule semence. Il y avait surtout la bintje excellente mais sensible à la maladie et ker pondy, il fallait là aussi traiter et enlever les doryphores, à la main ou avec du Gesarol…

Transport du fumier.

Le fumier de l’année était en tas, bien compacté. Il fallait en charger les charrettes et faire des petits tas bien réguliers et bien alignés (kasu, le voisin surveillait). Ces petits tas seraient éparpillés à la fourche et le fumier enseveli par la charrue brabant. On épandait peu d’engrais qui coûtait trop cher, on voyait apparaître des scories de fonderies qu’on épandait à la volée, le bonhomme en sortait noir comme un ramoneur. A la même époque il y eut une grande campagne d’épandage de chaux pour casser l’acidité des terres. Il n’y avait pas le Vicon encore, mais un épandeur large sur deux roues, très pratique.

On semait le maïs.

La grande affaire de l’année. Le blé d’Inde, qui dit-on, a fait la prospérité du Pays Basque assurait, le grain, bien sûr, mais le fourrage vert avec kapeta, la hampe florale , le fourrage sec avec les feuilles que l’on arrachait farrastan, la couverture de la cour avec les cannes qui adoucissaient le thuya.On labourait avec 2 paires de vaches ou des bœufs. Pour faire faire demi-tour à l’attelage, les vaches ne devaient pas passer le pied de l’autre côté de la chaîne, quand elles urinaient, on s’arrêtait, pour celui qui conduisait entre les deux paires, c’était du sport. Les sillons retournés, il fallait ameublir, herse, planche avec les dents, rouleau, herse canadienne… on repassait 3 ou 4 fois. On semait avec une jolie machine à roues et deux réservoirs et on ajoutait des haricots ou des graines de citrouille. Ainsi, il y aurait de manière aléatoire ces légumes que les enfants iraient rechercher en ratissant tout le champ. Il n’y avait pas de désherbant, on passait une herse étroite entre chaque rang, les vaches écrasant quelques pieds au passage, et on finissait en binant les pieds, durant 1 heure avant d’aller à l’école.

On faisait les foins.

On fauchait les prairies, à la faux avec la rosée du matin et on étalait et retournait les andains, on les mettait en petits tas le soir. Il serait chargé à la fourche sur les charrettes. On l’entasserait dans le fenil, soit en entrant par la rampe, soit en passant le foin par une fenêtre à l’étage. Bientôt apparurent les faucheuses mécaniques et autres faneuses et râteaux-andaineurs qui diminuèrent considérablement le temps de la fenaison.

On récoltait le blé :

à la faux d’abord, puis avec la faucheuse qui détaillait des javelles que les voisins répartis autour du champ attachaient avec une poignée de tiges. On mettait les gerbes debout l’une contre l’autre et on les rentrait la semaine suivante. Puis avait lieu le battage. La moissonneuse-lieuse soulagea quelques années puis arriva la moissonneuse-batteuse qui en 3 heures et avec 4 personnes faisait le travail de 15 personnes en 2 ou 3 jours.

Blanchir les murs.

En début d’été, avant les fêtes, on blanchissait les murs de la maison ou de clôture. On faisait fondre la chaux vive, on fabriquait une brosse rudimentaire avec des joncs et on passait un lait de chaux bien épais. C’était aussi un désinfectant qui assainissait.

Travaux d’août

On coupait le regain apprécié des brebis ; on préparait le sol pour semer la rave à la volée en marquantles travées avec des branches plantées dans le sol. On effeuillait la vigne pour aider les raisins à murir.

Les récoltes :

On ramassait les pommes de terre, on gaulait les noix, on saisissait les bogues de châtaignes avec les pinces. Puis arrivaient les pommes et le raisin pour les réserves de boisson. On cueillait le maïs et le soir on se rassemblait pour le dépouillage.

On fauchait la litière.

Sur les flancs de montagne on fauchait la fougère ou le thuya, on le mettait en petits tas. On le chargeait sur des traineaux pour l’approcher de l’étable, on pouvait aussi faire des meules sur place. Dans certains endroits très pentus on mettait la charge sur des branches (abatxak) et on tirait le tout vers le bas.

Chasse et champignons.

L’automne permettait de se distraire un peu. On chassait, les palombes et le lapin. On cherchait des champignons qui seraient mis en conserve. Tout cela constituait un véritable complément alimentaire qui permettait d’assurer la fameuse « soudure »

On semait le blé

Sur le champ de maïs. Cette plante était moins exigeante et on semait à la volée sur des sillons à peine dégrossis. Un assolement sur deux ans permettait d’alterner les cultures. Le maïs prendrait la place de la rave qui poussait et qu’il faudrait bientôt gratter.

On gavait les oies et les canards.

Les dernières semaines de l’année on gavait avec du maïs bouilli, oies et canards. On ferait des confits, mets de choix servis quand on avait des « visites », les Etxeko Andere vendaient les foies au marché. Elles se constituaient un petit pécule qui leur permettait d’acheter des petites affaires pour le ménage et les enfants.

 

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